John
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La première fois que j'ai rencontré John (pas celui avec les marques tribales, l'autre) j'ai cru qu'il était
dans un mauvais jour, qu'il avait franchement la haine.
Et puis j'ai compris qu'il était toujours comme ça.
Finalement ça ne lui va pas si mal. John est boxeur au pays de la boxe.
Ses phrases sont des uppercuts son silence une garde et ses critiques des crochets du droit qui envoient au tapis.
Anglais ou nigerian ? Je ne sais pas comment lui même se définit. J'ai un peu peur de lui demander.
"À Londres quand l'adversaire est cubain le boxeur tombe subitement malade, comme par enchantement".
Pas lui. John ne tombe jamais malade à l'improviste. Il a un combat là-bas, en Angleterre, dans une semaine,
alors il semble normal qu'il ait pensé à s'entraîner pendant ses vacances dans l'île des champions du monde, non ?
— Oui John.
Ses gants sont sur le lit. Son short aussi. Mais John enrage. Une matinée qu'il a arpenté des stades de La Havane.
Et nulle part il n'a pû boxer. Si je veux savoir pourquoi ?
— Ok John.
Ben il ne sait pas, il n'a pas compris, il ne parle pas un mot de la foutue langue. KO, il ne lui reste plus qu'à
chausser ses tennis, prendre son walkman et parcourir le Malecon aller-retour, en petite foulée,
au risque de se faire tremper par une vague qui déborde de la digue.


© Thierry Payet